Vins de Provence : des vendanges précoces, mais encourageantes

Publié le 30 août 2022

Les pluies de la mi-août ont été salutaires pour des vignes en extrême limite de stress hydrique. (© Pixabay)

Après un été exceptionnellement sec, les pluies abondantes survenues mi-août auront été salutaires pour les vignes, et ce millésime 2022 qui se présente, sur le plan qualitatif, sous de bons augures. Les volumes devraient, quant à eux, être corrects, à défaut d’être abondants.

Un beau potentiel : c’est le constat unanime sur lequel s’accorde les dirigeants des principales organisations professionnelles viticoles des vins de Provence pour ce millésime 2022. Celui-ci aura pourtant été marqué par un déficit de pluviométrie record cet été, après un premier semestre idéal, caractérisé par une très belle floraison et des pluies de printemps bienvenues, fin juin, même si leur répartition a été inégale en fonction des territoires.

Les premiers coups de sécateurs ont été donnés
dans la semaine du 8 août

La sécheresse et les températures extrêmes constatées cet été, si elles ont impacté le cycle végétal de la vigne, particulièrement dans les zones non irriguées, ne se sont heureusement “pas traduites par des blocages de maturité”, se félicite Gilles Masson, directeur du Centre du Rosé. “Nous avons été surpris par la résistance des vignes”, abonde Cédric Gravier, président de l’ODG des Vins de Bandol.

Une résilience qui aurait pu trouver ses limites, sans l’épisode pluvieux intervenu à la mi-août : “Ces pluies sont arrivées sur des vignes pour certaines en extrême-limite de stress hydrique”, note Eric Pastorino, président du Conseil interprofessionnel des Vins de Provence. “L’impact sur la qualité sera très important, en apportant un meilleur équilibre des jus, notamment en termes d’acidité. Elles vont aussi permettre une bonne poursuite de la maturation des raisins,” estime-t-il.

 

Un très bon millésime en perspective

Après les trois “petits millésimes” précédents, marqués par des conditions météorologiques catastrophiques (épisodes de grêle et de gel notamment), les volumes attendus pour 2022 devraient être comparables à une “année normale”, avance prudemment Eric Pastorino, qui anticipe une “belle récolte”, même si “elle devrait être très hétérogène cette année, en fonction des cépages, des expositions, des implantations géographiques…”. Un point de vue partagé par Eric Lambert, président de l’AOC Coteaux Varois en Provence. Son vignoble, dont les vendanges sont traditionnellement plus tardives (elles devraient commencer début septembre, avec dix jours d’avance par rapport à l’an dernier), s’attend à un très bon millésime : “Les pluies d’août ont été profitables aux raisins qui étaient en tout début de maturation et vont tirer des bénéfices de ces précipitations, qui arrivent au meilleur moment pour nous. Les derniers contrôles de maturité sont aussi très encourageants : ils font apparaître un bel équilibre acidité / pH”. L’absence de gel, cette année, laisse aussi espérer de beaux volumes, comparables à 2020. S’il est encore un peu tôt pour donner des chiffres précis, le président de l’AOC Coteaux Varois en Provence estime d’ores et déjà entre 140 000 et 150 000 hl, la production attendue pour cette année. 

Julien Dukmedjian 

 

Evolution de la maturité : 

D'après les prélèvements de l'ICV Provence, dans les secteurs précoces, le grossissement des baies se poursuit de façon très variable selon les cépages (+6 % sur les grenaches, +7 % sur les syrahs, +12 % sur les cinsaults, +15 % sur les rolles). La taille des baies reste très hétérogène, entre les parcelles ayant subi du stress hydrique en juin-juillet et les autres. La maturité technologique (ou pulpaire) est atteinte sur grenache et syrah et les niveaux d'anthocyanes sont légèrement meilleurs qu'en 2021, à même maturité. Ils sont plus facilement extractibles, ce qui est positif pour l'élaboration de rouges. La qualité des tanins semble également supérieure à 2021.
L'acidité totale est inférieure et le pH supérieur aux données de l'an dernier, à même niveau de maturité.
Sur secteur tardif, le poids des baies est légèrement inférieur (-3 %) à 2021, millésime à petites baies, à degré comparable.
Le niveau de maturité atteint au 16 août 2022 est comparable à celui du 23 août 2021. “Une bonne semaine d'avance par rapport à 2021 est confirmée sur ce secteur.”
Là aussi, les valeurs d'acidité totale sont inférieures et celles de pH supérieures à 2021, à même niveau de maturité. “La gestion de l'acidité en cave sera encore une fois un enjeu du millésime”, estime l'ICV Provence.


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