Viti-pastoralisme : une pratique agroécologique qui reprend tout son sens

Publié le 25 janvier 2022

Le viti-pastoralisme peut contribuer à l’évolution agroécologique de la viticulture. © E. Delarue

Pour les éleveurs ovins, le pâturage des vignes enherbées constitue une ressource alimentaire toute trouvée. D’un autre côté, le désherbage naturel effectué par les troupeaux fonctionne très bien. D’où le projet ‘Vitipasto’, qui vise à favoriser avec cette pratique la transition agroécologique de la viticulture.

En Provence, la pratique agropastorale de pâturage de brebis dans les vignes était, jusque dans les années 1950, fortement développée. Le changement de pratiques culturales dans les vignobles, la diminution du nombre d’éleveurs et de troupeaux, sans compter l’avènement de la vigne ‘propre’, sans herbe, ont bouleversé le viti-pastoralisme. Pour autant, la cohabitation des troupeaux d’ovins et des vignes n’a pas totalement disparu. Et, aujourd’hui, la dégradation de la structure des sols, la question des risques sur la santé et les incitations et contraintes réglementaires sur l’emploi des phytosanitaires remettent la pratique au goût du jour.

C’est en tout cas l’ambition du programme ‘Vitipasto’, porté par le Cerpam et la Chambre d’agriculture du Var et mené entre 2017 et 2020. À l’occasion de la journée technique régionale viti-bio, qui s’est tenue le 19 novembre à Puyloubier (13), les résultats du projet ont été présentés. Tout a démarré avec un état des lieux de la pratique. Des enquêtes ont été réalisées, en 2017, auprès de 23 éleveurs qui s’efforçaient de faire perdurer le viti-pastoralisme, majoritairement dans le Var, mais aussi dans les Bouches-du-Rhône et en Vaucluse.

4 500 ha de vignes pâturées

Comme l’explique Alice Bosch, technicienne au Cerpam, “en 2017, cette pratique s’appuyait sur environ 4 500 hectares de vignes pâturées enherbées, avec un nombre d’éleveurs assez restreints, mais pour qui la vigne contribuait de façon importante à la ressource alimentaire des troupeaux“. Le projet ‘Vitipasto’ a consisté à mettre en évidence une méthode alternative au désherbage chimique et au travail du sol, grâce à une optimisation du pastoralisme, dans l’objectif d’améliorer la qualité des sols viticoles, ainsi que la biorégulation des populations de ravageurs, en favorisant les auxiliaires pour, au final, la promouvoir.

Dans ses dispositifs expérimentaux, l’étude s’est intéressée à la fois aux sols, à la vigne et aux troupeaux. Avec cette approche systémique, deux terroirs représentants la viticulture varoise et provençale ont été choisis (argilo-calcaire, grès permien), ainsi qu’un cépage relativement courant, des parcelles de grenache. L’idée était aussi de comparer des parcelles pâturées et non pâturées à des sols désherbés mécaniquement et chimiquement. Des mesures ont donc été effectuées sur la vigne, le sol, sur l’enherbement naturel et semé, sur l’entomofaune et la conduite et la productivité pastorale.

Pas d’effet négatif sur les sols ou la vigne

Sur ce panel très important, les résultats des analyses effectuées n’ont cependant pas permis de mettre en évidence une différence entre les effets croisés de l’effet pâturage, de l’effet terroir ou encore de l’effet de la certification en agriculture biologique. En revanche, “cette absence de différence permet d’affirmer que le pâturage n’a pas d’effet négatif concernant les sols viticoles, les paramètres agronomiques et de maturité de la vigne“, commente Garance Marcantoni, de la Chambre d’agriculture du Var.

Au niveau de l’inventaire botanique, les parcelles pâturées présentent une plus forte quantité de légumineuses. L’inventaire entomologique montre que les insectes sont plus nombreux et appartiennent à davantage d’espèces différentes dans les vignes pâturées.

Côté pastoral, différentes données ont été recueillies auprès des éleveurs, comme le temps de pâturage, le nombre d’animaux et le stade physiologique, etc., et plusieurs mesures ont été réalisées sur la strate herbacée.

Sur les résultats de la quantification de la ressource pastorale, d’après les retours des éleveurs, l’enherbement des vignes peut représenter jusqu’à 40 % de la ration alimentaire des troupeaux entre octobre et mars. Et, à l’échelle de toute une année, jusqu’à 20 % de l’alimentation des brebis.

La strate herbacée dans les vignes peut être très diversifiée et la majorité des parcelles de l’expérimentation était enherbée depuis longtemps, avec une strate constituée de graminées et de légumineuses. À noter que cette ressource convient à des animaux avec de forts besoins, comme les brebis agnelées ou empoussées (en fin de gestation) et les agneaux.

Pour l’alimentation du troupeau, une mosaïque paysagère de milieux et d’habitats différents est en effet nécessaire. Talus enherbés, petites haies, bois, etc. complémenteront la ressource alimentaire, mais doivent permettre aussi de déplacer les brebis.

La combinaison idéale

Pour le viti-pastoralisme, la combinaison idéale serait donc un enherbement spontané permanent, un pâturage prolongé et contrôlé, ainsi qu’une mosaïque de milieux, autant de paramètres qui permettent de s’adapter aux différentes années climatiques et d’éviter le tassement des sols.

Du côté des éleveurs, l’idée serait de piloter de petits lots de brebis (de 200 à 400 brebis), d’adapter la conduite pastorale – en utilisant, par exemple, des parcs à filets si l’herbe est suffisante – et en contrôlant le niveau de raclage sur des périodes de pâturage optimales, à savoir de décembre à mars.

Du côté des viticulteurs, il est important de disposer d’un enherbement spontané, idéalement permanent, pour permettre à cette strate de s’auto-entretenir. Un entretien du sol uniquement sur le rang, une bonne gestion de la pré-taille, un palissage premiers fils et un système goutte-à-goutte installé à au moins 60 cm, sans oublier un épandage des engrais hors période de pastoralisme, sont à respecter. “Entre éleveurs et viticulteurs, le dialogue reste primordial pour articuler au mieux les pratiques“, indique la conseillère de la Chambre d’agriculture du Var.

Avec ce projet pionnier sur le viti-pastoralisme, l’idée était aussi de développer des outils de vulgarisation, pour faire connaître la pratique agroécologique, la promouvoir et favoriser son intégration dans les cadres structurels, de la Pac notamment. Et c’est ce que s’efforcent de développer les partenaires du projet ‘Vitipasto’. “On constate déjà en région, comme à l’échelle nationale, une dynamique importante autour du viti-pastoralisme. Pour exemple, l’ODG Châteauneuf-du-Pape souhaite généraliser cette pratique sur l’intégralité de ses parcelles“, conclut Garance Marcantoni.

Emmanuel Delarue


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