Viticulture : une année catastrophique

Publié le 31 août 2021

Le ministre de l’Agriculture était accompagné de la secrétaire d’État à la Biodiversité pour constater les ravages du feu sur les vignes. (© J. Dukmedjian)

Le ministre de l’Agriculture et la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité étaient mardi dans le Var pour constater les dégâts et apporter des assurances aux viticulteurs victimes des incendies.

C’est peu dire que la visite de Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, était attendue avec impatience par le monde agricole varois et en particulier par le secteur viticole, particulièrement impacté par le spectaculaire incendie qui a ravagé le massif des Maures, la semaine dernière. Si l’essentiel des dégâts concerne la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, un territoire remarquable en raison de son exceptionnelle biodiversité, les viticulteurs dont les parcelles sont situées à l’intérieur ou en bordure ont tout autant soufferts avec 1 000 ha de cultures détruits, selon les premières estimations. Matériels agricoles détruits, caves ravagées par les flammes et vignes carbonisées témoignent de la virulence du feu, qui a parcouru près de 8 000 ha avant d’être circonscrit ce lundi par les pompiers. Le désarroi est grand, à quelques semaines des vendanges, notamment pour Thierry Nonjon, viticulteur aux Mayons. C’est sur son exploitation que le ministre de l’Agriculture, accompagné de Bérangère Abba, la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité avaient choisi de se rendre, après un passage au poste de commandement du Service départemental d’incendie et de secours du Luc. Selon les premières estimations de Thierry Nonjon, qui exploite 20 ha de vignes, près de 12 ha de surfaces ont été touchées ou endommagées par l’incendie. Maigre consolation, ses engins agricoles ont pu être mis à l’abri. Le feu, particulièrement virulent en raison d’une conjonction de facteurs (sécheresse et vent violent notamment) a aussi réveillé des conflits larvés entre agriculteurs et les gestionnaires de la Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, les premiers reprochant aux seconds une mise sous cloche de ce territoire et un manque de dialogue. “Nous ne sommes pas opposés à l’existence de la Réserve, mais plutôt à la façon dont elle est gérée, sans concertation avec le monde agricole” estime Éric Pastorino, le président du CIVP, l’interprofession des Vins de Provence. Parmi les griefs exposés au ministre et à la secrétaire d’État, par les élus de la Chambre d’agriculture et de la FDSEA 83, celui d’une approche trop dogmatique de Marie-Claude Serra, la conservatrice de la réserve, revient régulièrement. “Nous n’avons pas de dialogue avec elle” pointe ainsi André Bernard, le président de la Chambre régionale d’agriculture Paca, qui déplore que “le monde agricole a été écarté de la gestion de cet espace naturel. L’irrigation aurait permis de limiter les dégâts : on en parle depuis des années, mais rien n’avance sur ce point en raison de l’opposition des gestionnaires de la réserve”. Fabienne Joly, la présidente de la Chambre d’agriculture 83, s’agace elle aussi de cette “‘mise sous cloche’ du territoire de la réserve, qui a conduit ses responsables à refuser le passage du canal dans cette zone”. Une décision qui pénalise les viticulteurs mais a aussi favorisé la propagation très rapide du feu.  

 

Ne plus opposer environnement et agriculture

Les questions sous-jacentes du débroussaillage de cet espace naturel densément boisé et de son manque d’entretien, dans une optique de défense contre l’incendie, ont elles aussi été mises en avant par les élus présents. La présence d’espèces protégées sur l’espace de la Réserve, dont la très emblématique tortue d’Hermann, étaient jusqu’alors un frein à des dispositifs d’aménagements mécaniques destinés à ralentir la progression du feu, en cas d’incendie. Tout autant que le pastoralisme, dont les bienfaits sont connus, en matière de débroussaillage. Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture a joué la carte de l’apaisement, en soulignant qu’il était venu accompagné de la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité et en appelant à “ne plus opposer environnement et agriculture”. Il a également promis de renouer le dialogue entre les parties prenantes de ce dossier, “dans une démarche constructive et sans dogmatisme.” Un message parfaitement reçu par Éric Pastorino qui s’est déclaré, sur ce point satisfait et confiant pour la suite.

Le ministre de l’Agriculture était attendu, après cette visite de terrain, à la préfecture de Toulon pour résoudre une autre question épineuse : celle des indemnisations pour les particuliers et les professionnels concernés. S’il s’est montré discret sur le résultat des discussions avec les représentants des assureurs, il a en revanche assuré que l’“État sera aux côtés des viticulteurs afin de trouver des solutions, dans la perspective des vendanges à venir et de la vinification”. Pour beaucoup d’entre eux, et alors que les estimations des dégâts sont encore en cours d’évaluation, une partie de la récolte même non brûlée mais touchée par les fumées ou les produits largués pour atténuer la progression du feu, pourrait être bonne à jeter. Également président du comité régional de l’INAO, Eric Pastorino a indiqué qu’un produit à base de charbon sera autorisé par l’organisme, pour éliminer les odeurs de brûlé. 

Julien Dukmedjian

 

Après le feu, la grêle !

De fortes précipitations sont tombées mardi sur les secteurs de Pignans et Gonfarron (lieu de départ de l’incendie, quelques minutes après la visite ministérielle aux Mayons). La grêle a d’abord touché la zone, avant de se transformer en pluies torrentielles : il est tombé jusqu’ à 120 mm de pluie en quelques heures, occasionnant la coupure de routes et des inondations.


Si certaines parcelles de vignes ont rempli leur rôle de coupe-feu, d’autres ont été ravagées par les flammes. (© J. Dukmedjian)

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